Le Symbolisme du Sel


Jouant un rôle important dans la vie, une riche symbolique et de nombreuses traditions lui sont attachées. Cette origine liée à un contexte socio-économique lui conférera souvent une représentation purifiante. On lui attribue des pouvoirs tantôt bénéfiques comme son pouvoir de purification, tantôt maléfiques, comme son action stérilisante. Cette omnipotence lui confère un caractère divin.

Jouant un rôle important dans la vie, une riche symbolique et de nombreuses traditions lui sont attachées. Cette origine liée à un contexte socio-économique lui conférera souvent une représentation purifiante. On lui attribue des pouvoirs tantôt bénéfiques comme son pouvoir de purification, tantôt maléfiques, comme son action stérilisante. Cette omnipotence lui confère un caractère divin. Dans les textes sacrés hindous que sont les Upanishad, on peut lire que Dieu est comme un morceau de sel dissous dans l’eau : où qu’on prélève de l’eau, partout il y a du sel. De son côté, Homère a considéré que celui ci était divin. Produit abondant dans la nature, mais très inégalement réparti dans le monde, élément nécessaire à la vie, il n’y a donc rien de surprenant à ce qu'il soit considéré comme le symbole de l’hospitalité et, par extension, de l’amitié. Depuis l’Antiquité, cela a été le cas pour les Hébreux ou les Arabes, tout comme pour les Grecs. Plutarque, pour évoquer l’amitié entre des personnes, parlait de gens du sel et de la fève. Pour les peuples sémites, manger ensemble le pain et le sel signifie sceller un pacte ou se jurer amitié.

On partage le sel comme le pain. Cette communion, est le symbole d’un lien de fraternité. C’est ce qu’exprimait un proverbe latin datant du Moyen-Âge : Amicitia pactum salis qui se traduit par L’amitié est un pacte de sel. D’ailleurs, Pactum salis, le pacte de sel, se retrouve plusieurs fois dans les livres saints, pour caractériser une alliance inviolable et sacrée, vraisemblablement par allusion au fait que le sel empêche la corruption des aliments. Déjà, un tel pacte est cité dans la Bible [Nombres 18, 19] : Tous les prélèvements que les Israélites font pour Yahweh sur les choses saintes, je te les donne, ainsi qu’à tes fils et à tes filles, en vertu d’un décret perpétuel. C’est là une alliance éternelle par le sel devant Yahvé, pour toi et pour ta descendance avec toi.

Dans la mythologie grecque, Nérée, la divinité de la mer, offrit du sel en cadeau de noce à Pélée, le père d’Achille, ce qui justifiait son caractère divin que chantait Homère : Et quand la flamme tomba et s’éteignit, il étendit les broches au-dessus des charbons en les appuyant sur des pierres, et il les aspergea de sel sacré lit-on dans le neuvième chant de l’Iliade. Don des dieux, il devenait normal qu’on le restitue dans les offrandes. Je pense que ce rite avait aussi pour but de les conserver, sachant qu’elles constituaient l’essentiel de la nourriture des prêtres. De même, les Celtes attribuaient les sources d’eaux salées à des divinités locales. Pratiquement dans toutes les civilisations le sel possède un caractère sacré. Il intervient dans les rites religieux comme un élément purificateur. Comme je l’ai déjà mentionné, ce symbolisme est lié, a priori, à son aptitude à conserver les aliments. Par exemple, les Israélites purifient la viande avec du sel et de l’eau. Si l’eau lui est associée, est-ce parce que, comme le sel, elle est abondante tout en étant inégalement répartie dans l’univers et particulièrement rare dans les pays du sud de la Méditerranée, ou tout simplement parce qu’elle favorise la dissolution du sel et facilite ainsi sa pénétration dans la viande ? On retrouve un rite analogue au Japon où celui qui tue un animal sans rituel purificateur, devient burakumine, c’est-à-dire impur. Encore aujourd’hui, des Japonais répandent chaque jour du sel sur le seuil de leur maison ou à l’intérieur, après le départ d’une personne peu appréciée. Avant un combat, les lutteurs de sumo en sèment sur le ring en signe de purification et pour que l’affrontement soit loyal. Pour mémoire, Pythagore le regardait comme le symbole de la justice.

selEn Scandinavie, on se protège des mauvais esprits et des démons en saupoudrant une pincée. En Suède, on met du sel dans le lait qui vient d’être trait, pour protéger la vache. On faisait de même en Saintonge. En Charente, c’était un grain de sel qui était placé entre ses cornes pour la conduire à la foire. En période de semailles, une peuplade d’Afrique répandait du sel sur un grand brasier afin de provoquer la pluie, sous prétexte que le sel attire l’eau. Par contre, dans la région d’Armagnac, le sel jeté dans le feu protège des orages ! La symbolique du sel est très présente dans les religions. Plus particulièrement, on le rencontre tant dans le judaïsme que dans la chrétienté. Pour les Israélites, le sel est un signe d’alliance, de fidélité, de purification, mais aussi de malédiction, de stérilité... Par exemple, il y est fait allusion dans l’Ancien Testament lorsque Élisée purifia la fontaine de Jéricho réputée malsaine : Il dit : «Apportez-moi une écuelle neuve où vous aurez mis du sel», et ils la lui apportèrent. Il alla où jaillissaient les eaux, il y jeta du sel et dit «Ainsi parle Yahweh : J’assainis ces eaux, il ne viendra plus de là ni mort ni avortement.». Toujours dans la Bible, on peut trouver une contradiction en ce qui concerne l’assainissement par le sel. Ne lit-on pas dans Ézéchiel : que ses marais et ses lagunes ne seront pas assainis, ils seront abandonnés au sel. Symbole d’alliance pour les Israélites, les offrandes sont salées. Tu saleras toute oblation que tu offriras et tu ne manqueras pas de mettre sur ton oblation le sel de l’alliance de ton Dieu peut-on lire dans le Lévitique. Cet aspect bénéfique des offrandes de sel aux Dieux pour obtenir leur clémence était déjà connu des Égyptiens : les prêtres du sanctuaire d’Amon offraient de gros grains de sel naturel. De même, Horace conseillait d’apaiser les Pénates hostiles avec du froment et un grain de sel. Symbole de malédiction pour les Israélites, le sel a aussi été utilisé par l’Éternel pour exprimer une punition. Ainsi, la femme de Loth est changée en colonne de sel, Sodome et Gomorrhe sont détruites par le feu, le sel et le soufre. Au Pérou, parce que son mari n’arrêtait pas de la lécher, une femme fut également changée en sel. Ce ne fut pas une punition mais, au contraire, elle est devenue une source de sel pour les habitants ! Il est à remarquer que pour les Chrétiens, le Nouveau Testament ne met en évidence que l’aspect positif du sel.

Condiment essentiel à la nourriture, il intervient dans la liturgie baptismale chrétienne comme sel de la sagesse en symbolisant la nourriture spirituelle. Remarquons que déjà, dans l’Antiquité, les Romains donnaient du sel aux nouveau-nés et par suite la sagesse. Pour l’Église de Rome, c’est le symbole de l’alliance avec Dieu et de la pureté car il détruit les péchés. Il est un composant de l’eau bénite et participe ainsi à toutes bénédictions.. Pour la consécration des autels et des églises et la réconciliation des églises profanées, l’Église utilise également de l’eau grégorienne. qui est de l’eau dans laquelle on dissout du sel, principe de santé et de fécondité, élément de saveur et de conservation. Pour être complet, il faut préciser que l’on ajoute de la cendre, en signe de contrition et d’humilité, ainsi que du vin, symbole d’abondance spirituelle, de force, de vie et de joie. Depuis 1969, l’Église romaine a supprimé le sel et a ainsi rejoint dans ce domaine les Chrétiens d’Orient qui, curieusement, n’ont jamais utilisé le sel dans leurs liturgies. Était-ce parce que le sel était aussi associé à la malédiction, au Malin ? Cela expliquerait alors pourquoi la liturgie occidentale prévoyait une exorcisation du sel qu’elle utiliserait ensuite ? Selon l’évangile de Matthieu, Jésus a identifié ses disciples au sel de la terre. Par extension, être le sel de la terre, c’est représenter l’intégrité et la pureté originelles, c’est appartenir à l’élite morale. Chez les Anciens, le sel reflétait la beauté. Lucrèce, pour caractériser une belle femme l’assimilait à un pur grain de sel. Que les dames me pardonnent, mais je ne puis éviter de citer Plutarque qui aurait prétendu que les femmes sont comme du poisson salé car, comme lui, elles doivent subir une longue préparation, sinon elles n’ont ni saveur, ni attrait !

Si c'est un symbole de la fertilité, il peut aussi être l’agent de l’infertilité comme en témoignent les terres salées qui sont des terres arides. Véritable arme de destruction, il était utilisé par les Romains qui répandaient du sel sur les sites des villes qu’ils avaient rasées afin qu’aucune culture ne puisse y renaître. L’exemple le plus connu est la destruction de Carthage. Cette pratique existait déjà dans les temps bibliques. On peut en effet lire dans Juges  : Il mit à mort toute la population, puis rasa la ville et y sema le sel. De même dans les Psaumes , il est rappelé que l’Éternel a changé le pays fertile en plaine de sel. On retrouve cette idée dans l’Ecclésiaste : De même aux nations, il donne sa colère en partage, ainsi a-t-il changé les eaux en sel. Cet aspect punitif se retrouve dans la légende de Saint Nicolas : le Père fouettard ne met-il pas dans un saloir les enfants qui n’ont pas été sages ? Initialement, la légende voulait qu’un ange ayant averti l’évêque de Myre qu’un aubergiste avait mis trois enfants dans un saloir, il vint les ressusciter. En Angleterre, on plaçait sur le corps du défunt une assiette avec du sel dans lequel était enfoncée une bougie allumée : cela devait favoriser sa résurrection ! Au niveau des croyances populaires, renverser du sel à table est un présage de malheur. Par contre, pour se protéger d’un mauvais sort ne jette-t-on pas du sel par dessus son épaule gauche ? La justification de cette pratique serait que les mauvais esprits, se cachant du côté gauche, sont aveuglés par le sel, ce qui protège donc de leurs agissements.

Au Danemark, renverser du sel porte bonheur s’il est sec, et malheur s’il est mouillé. Aux États-Unis, on dit que chaque grain de sel renversé est un jour de tristesse. Mais si on rassemble les grains, et qu’on les jette sur la cuisinière, cela supprimera les larmes prédites. Au Moyen-Âge, on pensait qu’avoir du sel au fond d’une poche faisait fuir le démon, et qu’en disperser aux quatre coins de sa maison éloignait le mauvais sort. À l’île de Man, le 1er novembre, chacun des habitants d’un logement renversait dans une assiette un dé à coudre de sel. Si le lendemain matin quelqu’un constatait que son tas s’était écroulé, cela était le signe qu’il allait mourir dans l’année. La nuit de Noël, en Hesse, on remplissait douze pelures d’oignon avec du sel. Le lendemain matin, si le sel était fondu dans une pelure, son rang indiquait le mois où le malheur frapperait. Il était cependant possible de conjurer le sort en jetant dessus du sel bénit frais ! Symbole de la pureté, le sel est très employé par ceux qui pratiquent l’exorcisme. Les sorciers l’utilisent également tant pour ses qualités bénéfiques que maléfiques. Dans le Béarn, lorsqu’une chouette ululait, on conjurait les maléfices en jetant une pincée de sel dans l’âtre et en disant : Chouette, je te sale la tête et le cul, que tout mal que tu portes reste avec toi. Le sel symbolise aussi le sacré. D’ailleurs, en malgache, c’est le même mot, fanasina, qui est utilisé pour sel et sacré. On dit que le diable ne met jamais de sel dans ses plats ! C’est pour cela que le sel exorcise du Mal, mais aussi peut-être par ses vertus cicatrisantes et désinfectantes. Cela expliquerait pourquoi, à une époque peu éloignée, on mettait du sel sur la table pour la veillée de Noël ? Pour les alchimistes, le sel est le principe neutre issu des noces philosophales du soufre et du mercure. Ce qui brûle, c’est le Soufre ; ce qui fume, c’est le Mercure ; les cendres, c’est le Sel. Certains affirment que la présence d’une salière sur la table est due au fait qu’à une époque, le sel pouvait être considéré comme un produit de luxe et, en le mettant à la disposition des convives, on leur témoignait de l’estime. Aujourd’hui, c’est plus pour satisfaire les goûts de certains convives qui n’apprécient que très modérément la cuisine sans sel devenue à la mode. Le sel est ce qui relève un plat. Au sens figuré, le sel d’une conversation sera donc tout ce qui relève et donne du piquant aux propos tenus. Ajouter son grain de sel dans une discussion peut être apprécié : c’est ce qui pourra donner de l’intérêt, de la saveur aux idées échangées. Par extension, c’est ce qui rend spirituel un propos, un écrit et on parlera du sel d’une plaisanterie, d’un récit...

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